MASCLAT EN QUERCY
Jugement de Saisie et Vente aux Enchères de "Masclat" (extraits)
(1)
La vente aux enchères du château de Masclat et de son
domaine, dont l'extrait de la matrice cadastrale fut certifié
conforme le 1er Janvier 1859 par le maire, nommé Planchou, fut
effectuée en Mai et Juin 1859 à la suite d'un jugement
de saisie dont nous extrarons la description des immeubles mis en
vente :
(2)
1) – Une maison sise au
chef-lieu de la commune de Masclat, construite en pierres, couverte,
partie en tuiles crochet et partie en ardoises, confrontant de trois
côtés, avec le pâtus, ci-après désigné...
et du nord avec la terre ou jardin... « Ce bâtiment
présente, dans son ensemble, une vaste masure de maison ou
ancien château, actuellement inhabitable, composé d'un
rez-de-chaussée, premier et second étages, caves
au-dessous et granier par dessus ».
(3)
« Desservie, savoir : au midi, par une porte gothique
placée au bas de la Tourelle ci-après désignée
et à cet aspect, le premier (étage) reçoit le
jour par trois croisées et le second également par
trois croisées ».
(4)
« Au milieu de cette façade, formant, pour ainsi
dire, un rectangle, existe une tourelle, dans laquelle se trouve
pratiqué un escalier aboutissant aux divers étages du
bâtiment. Cette tourelle est éclairée par quatre
petites croisées au nord ».
(5)
« Le rez-de-chaussée est desservi par deux
portes, et éclairé par trois croisées ; le
premier (étage) reçoit le jour par cinq croisées
et au même aspect se trouve encore une porte pour le service de
la cave – Au levant, le premier (étage) est éclairé
par trois croisées, et au couchant, le rez-de-chaussée
est desservi par deux portes, l'une cintrée et l'autre carrée,
et le premier et le second sont éclairés, chaque étage,
par une croisée ; à chacun des angles de cette façade,
existe une tourelle, formant avant-corps au bâtiment ».
(6)
2) – Un bâtiment tombant également en ruines à
usage de grange, construit en pierres, couvert en tuile crochet,
confrontant du levant et du midi, à la place publique de
Masclat, et des autres horizons, au sol et patus ci-après
désigné »...
(7)
« Ce bâtiment est desservi par une grande porte
et cinq autres plus petites, et le grenier à fourrages par une
grande lucarne ou mansarde... ce bâtiment était
anciennement le chay du château avec lequel il fesait (sic)
corps et il a été converti en grange »...
(8)
Etait encore compris dans la vente, un jardin situé au même
lieu de Masclat, une vigne, un bois...
(9)
« Tous les immeubles ci-dessus désignés,
sont, du reste, contigüs et ne forment qu'un seul corps entouré
de gros murs ».
(10)
Au tènement de « Champ de course »,
ou de « Courty (ou Cousty) » était
également une pièce de terre laborable, et y
confrontant, une maison (avec) petite étable ou grange, les
bâtiments se composaient « d'un rez-de-chaussée
et grenier par dessus ».
(11)
Ces derniers bâtiments ne figuraient pas à la matrice
cadastrale de la commune parce qu'ils avaient été
construits depuis la confection du cadastre, sur la terre du Champ de
course.
(12)
L'acte du jugement stipule qu'ils sont la propriété
« dudit sieur Gabriel Casimir Jules de Nattes de
Villecomtal, qui les a recueillis dans les successions de ses auteurs
et sont jouis et exploités respectivement par Monsieur Raymond
(c'est une erreur, il se nomme Laurent) Manié, curé de
la paroisse de Masclat, qui les détient à titre de
locataire verbal (c'est-à-dire : le château, la grange
ou ancien chais, le jardin, la vigne et le bois).
(13)
La terre dite du Champ de course est jouie et exploitée,
« on ne sait à quel titre, par les sieurs Louis
Pebeyre, cultivateur à Masclat (vraissemblement l'ancien
régisseur du domaine de Mr de Corneilhan, cité dans ses
lettres de 1837 et 1839), et Jean Bazet, tailleur d'habits, demeurant
au Grézal, dite commune de Masclat » (Le Grézal,
lieu qui se trouve au carrefour des routes de Gourdon à
Masclat, et des routes de Masclat à Lamothe-Fénelon, et
de Masclat à Caminel, en 1645 et en 1764, on y dénombrait
23 feux).
(14)
Quant à la maison et grange du Champ de course elles
étaient jouies et exploitées « par le Sr
Jardel, aubergiste à Masclat qui les détient à
ce qu'il parâit, à titre de locataire verbal ». *
(15)
La mise à prix de l'ensemble des biens saisis était
de 10.000 frs et après enchères ils furent adjugés
à Me Veyssié, agissant pour le sieur François
Planchou, fils , propriétaire et maire de Masclat, pour la
somme de 11.000 frs plus les frais (17 Mai 1859).
(16)
Mais Me Manié, prêtre, desservant de la paroisse de
Masclat (et, nous l'avons vu, locataire du château), assisté
de Me Eugène Ayzac, fit une surenchère du sixième,
et le 14 Juin 1859 il fut procédé à une seconde
mise aux enchères sur une nouvelle mise à prix de
13.000 frs et ce fut à nouveau François Planchou qui
définitivement devint acquéreur de tous les biens
précités, pour la somme de 14.000 frs, plus les frais.
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(17)
* (Tous ces immeubles existent encore, et la maison et sa grange
étaient il y a encore peu de temps, un petit café et la
poste rurale.)
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(18)
C'est ainsi que le château
de Masclat et son domaine, après avoir été aux
mains de plusieurs seigneurs ou co-seigneurs « hauts et
puissants », vint en la possession d'un propriétaire
et maire de Masclat et qu'il passa par la suite à une famille
Pebeyre, alliée à la famille Planchou.
(19)
Nous avons vu, au début de cette affaire, que la vente du
château et de son domaine avait été ordonnée
à la suite de l'action entreprise par Madame Gabrielle
Donadieu, épouse de Mr Maurice Ludovic Pons, marquis de
Villeneuve. Gabriel Donadieu avait eu de Ludovic Pons, entre autres
enfants, Léontine de Villeneuve, qui fut, dit-on, « le
dernier amour extra-conjugale Chateaubriand ».
(20)
Fiancée au comte de Castelbajac, qui fit preuve de
patience, elle retarda lontemps son mariage, dans sa passion, disons
littéraire, pour l'illustre écrivain. Elle lui écrivait
des lettres où elle exprimait son admiration, lettres qu'elle
signait « Adèle » et Chateaubriand crut
tout d'abord à une mystificatrice mais par la suite ils
échangèrent une correspondance brûlante... René,
sexagénaire, n'hésitait pas à lui déclarer,
à elle qui n'avait que vingt quatre ans : « je vous
aime trop, je suis comme un vieux fou... ».
(21)
Léontine, son « ocittanienne », alla
même le retrouver à Cauterets où elle séjourna
avec lui, et rentrée à Hauterive, l'invitant à
lui rendre visite dans son château tarnais, elle continua à
lui adresser des missives d'admirative amitié, si ce n'est
plus... On trouve l'echo de cette passion dans le manuscrit posthume
de Chateaubriand intitulé : « Amour et vieillesse »
(Communiqué par Mr Lalande, et extraits de « Bicentenaire
de Chateaubriand » dans « Miroir de
l'Histoire » par Pierre de Gorsse, Septembre 1968, pp. 78
et 79.
(22)
Revenons à Masclat que Léontine de Villeneuve nous a
fait quitter. De nos jours nous voyons le château tel qu'il fut
décrit dans l'énumeration descriptive de la vente de
1859 à la difference qu'il est redevenu habitable. Nous
remarquerons que les tours sont toutes tronquées à
l'hauteur des combles. La partie qui est au couchant semble plus
récente que celle qui lui est accolée et est munie de
la porte gothique s'ouvrant au bas de la tour qui renferme l'éscalier
en vis qui dessert le sous-sol et les étages de l'édifice.
Cette porte est à linteau droit à angles arrondis,
moulurée, elle est surmontée d'un très bel écu
gothique, malheureusement martelé ainsi que les culs-de-lampe
sur lesquels reposent les arcs brisés qui sont surmontés
au centre, d'un pinacle en partie brisé.
(23)
Cette partie du château, toute proche de l'église,
porte les traces de remaniments, c'est ainsi que l'on remarque, au
levant, dans un renfoncement et en partie enterré, une forte
ouverture à arc brisé et qui été murée.
A proximié, on voit encore quelques vestiges de remparts avec
leur chemin de ronde et leurs meurtrières, ils viennent se
souder au bâtiment qui se trouve à main droite dans la
grande cour des communs (c'est l'ancien chais du château) et à
gauche, avec pignon ouest de l'église. A gauche, dans cette
cour et dans le bâtiment qui fut auberge, une très belle
porte est surmontée d'un grand écu ovale qui semble en
attente.
(24)
On pénètre dans cette cour par un grand portail en
plein cintre, veuf de ses vantaux, il est surmonté par un
magnifique écu à trois bandes, sculpté dans la
pierre, nous y voyons les armoiries des Salignac-Fénelon. A
l'interieur du château, dans le grand salon du rez-de-chaussée,
au-dessus de la cheminée, on voit un écu à cinq
bandes ou cotices, malheureusement peint de couleur uniforme ;
peut-on voir en cet écu les armes des de Vervaix ?
(25)
Non loin du château, sur le pignon de l'ancien presbytère
s'ouvre une charmante petite fenêtre du pur XVè siècle,
et à deux pas de cette dernière une porte murée,
qui donnait jadis accès au jardin de ce presbytère,
porte sur son linteau légèrement cintré, date de
1761 et le nom du maçon qui le posa : Blan. Nous avons relevé
le nom de ce maçon dans le livre des Reconnaissances de 1764,
il se prénommait Laurens et habitait au village del Grézal.
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